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  • Photo du rédacteurYann

Moments de perdition

Dernière mise à jour : 19 août 2021

Foutu développement personnel, a-t-on envie dire parfois..., l’élévation de notre conscience et le chemin emprunté vers une meilleure connaissance de soi mènent parfois à des incompréhensions et des divergences d’opinion. Je me respecte et je verbalise mes besoins et mes limites, jusqu’à ce que notre petit « moi » se retrouve face aux besoins et aux limites de l’autre, inévitablement. Je pense que ce qui est compliqué dans ce que je vis, c’est que je ne suis pas du tout la même personne qu’il y a 20 ans, elle non plus et, quoi qu’on en dise : c’est une excellente chose !


Cependant, le fait d’ouvrir notre couple, le fait de regarder ailleurs, d’avoir d’autres formes de partage, des projets, des envies différentes, nous pousse à mieux nous centrer et à nous positionner avec nous-mêmes. Excellente chose que le développement de soi pour être plus aligné et cohérent, traversant cette existence avec conscience et une certaine profondeur. Pour ma part, les relations plurielles ont été un tremplin pour travailler sur mes peurs et mes angoisses, petit à petit, j’ai pu me détacher de l’être à qui je vouais toute mon existence et une idolâtrie, réfrénant mes besoins et mes envies en m’oubliant. Quotidiennement, j’ai passé de longues heures à être celui qui devait être parfait, irréprochable, voyant en elle une sorte de déesse, un soleil, une raison de vivre dans l’oubli de moi-même.

Vingt ans plus tard, je ne suis plus le même et bien heureusement. A la manière d’un adolescent qui se sépare de plus en plus de ses parents, qui se forge son propre avis et qui commence à s’émanciper, j’ai pris mes responsabilités d’être humain, d’homme unique et relié au monde. Petit à petit, j’ai appris à me positionner et à être dans la Vie, à vivre plutôt qu'à survivre, dans une relation de dépendance.


Oh, merveilleux développement que voilà, quelle joie d’ouvrir les yeux et de commencer à vivre ! Se rendre compte que je suis également un soleil, un astre lumineux, que je ne suis plus dans cette relation où je ne serais « complet », un être enfin plein, qu'avec l’autre qui comble un vide abyssal.

Mais voilà, cette situation amène inévitablement à des questionnements et parfois même des conflits. L’un exprimant ses besoins et l’autre les siens. Pas forcément toujours compatibles. J’ai envie de faire ceci ou cela, j’ai envie d’expérimenter cette manière, cette approche ou cette pratique, j’aime pouvoir me centrer et le verbaliser. Mais qu’en est-il lorsque l’autre n’accède pas à cela, qu’il ou elle ne veut pas, répond avec un ton très calme: « J’ai bien entendu, mais moi je n’en ai pas envie… ». J’ai parfois l’impression que ce monde est fait de clivages, de noir et blanc, de oui ou non, de j’ai raison – tu as tort… comme si les compromis, les échanges où chacun y trouve sa part étaient de moins en moins présents, de moins en moins importants. Comme s’il fallait à chaque fois trancher dans le vif et accepter de céder ou s’imposer à l’autre.


Dans ce contexte-là, il est difficile de garder espoir et de s’assurer que tout va bien ! Non, parfois tout ne va pas bien, parfois nous sommes rongés par le doute et parfois nous nous retournons sans cesse dans ce grand lit en nous demandant ce qui nous lie à l’autre. De le / la voir s’endormir en paix alors que nous sommes torturés par des doutes et des incertitudes… Et pourquoi diable ne fait-il / elle aucun effort ? pourquoi ce dos retourné contre moi devrait se montrer rassurant ? pourquoi, une fois de plus, nous endormons-nous sans faire l’amour et que cela ne lui pose aucun problème, alors que je suis perdu ? Effrayé par cette distance et cette non-envie ?


Dans ces moments de crise et de distance, dans ces instants où l’on perd pied et où on ne sait plus trop… nous recherchons l’apaisement de la part de l’autre, nous attendons de lui un signe d’affection, de bienveillance et une parole rassurante. Nous espérons, en étant aux aguets de ce signe ou cette attention que l’on espère tant et qui parfois ne vient pas, ne viendra jamais. Même en verbalisant : « J’aurais très envie que tu me rassures, que tu me prennes dans tes bras », il est parfois compliqué pour l’autre de l’entendre comme une demande dénuée de pression. Le sous-entendu : « Tu dois, pour que je sois rassuré » n’est pas très loin et devient vite une source de conflit qui, indéniablement, va créer une tension qui viendra accroître le sentiment déjà présent de distance.


Alors comment faire ? Comment se livrer à cette danse relationnelle sans être dans la peur et se réjouir de ce qui est ? Comment ne pas souffrir de ces distances, de ces ruptures et de ces attentions qui ne viendront plus ? Comment rester serein lorsque la relation se tend, devient irritable et chahutée ? Pourquoi notre si belle avancée personnelle ne nous aide que trop peu ? Pourquoi tout ce chemin vers la libération de nos peurs devient un sentier éloigné et diffus dans un brouillard derrière nous ?

Alors l’autre s’espère aidant et semble bienveillant en nous rappelant les bons moments passés au coin du feu, les coquineries d’adolescents à corps brulants… merci bien !! Alors que les doutes nous envahissent, l’autre s’arrange pour nous rappeler une époque révolue qui semblait si légère et si simple, jouant dans le flux de la Vie avec les corps, les âmes et l’esprit.

Bon… alors quoi ? Fini d’espérer ? au nom de notre bienveillance envers nous-même, nous nous regardons le nombril et faisons fi de ce pense l’autre, de ses besoins, ses envies d’aventure ? Le casanier se retrouve face à l’aventurière et chacun campe sur ses positions et on se retrouve face à une séparation inévitable où chacun tend à se préserver pour ne pas s’oublier.


Et s’oublier un instant ? Laisser notre égo, notre mental intempestif et retrouver un instant de la lumière, se perdre volontairement et pour un moment donné dans le lien que l’on a construit au fil des mois et des années, se battre pour reconquérir l’autre, ressentir l’étreinte dans des bras entourant qui semblent dire « Tout va bien » à jamais…


Dans nos vies sans cesse soumises à de multiple injonctions, nous devons toujours être au top, toujours au meilleur de nous-même et vivre dans le bonheur. Alors on est jugeant envers l’autre et jugeant envers nous-même si on n’y arrive pas. On s’en veut et nous sombrons petit à petit dans cette sensation de tristesse qui devient le reflet de nos pensées.... Comme un cercle destructeur, nous nous en voulons de ne pas être à la hauteur, nous sommes tristes. Bon sang… Comme c’est rageant, après tous ces séminaires et ces livres lus, qu’on n’y arrive pas, une fois de plus! La colère succède à la tristesse et nous sommes tantôt triste d’être en colère et tantôt en colère d’être triste ! On ne sort plus de cette boucle infernale et l’espoir d’en sortir semble s’amenuiser de plus en plus.


Il n’y a pas de miracle, nous sommes voués à expérimenter ces aléas et ces hauts et ces bas. Nous ne sommes pas venus ici pour être en classe business à 1'000 pieds au-dessus du monde avec le pilote automatique enclenché. Vitesse, portance, altitude et température réglées avec précision... Nous sommes un océan calme et déchaîné, nous sommes le torrent qui érode les flancs de cette montagne et qui semble s’arrêter lorsqu’il coule gentiment au cœur de l’été. Nous sommes ce vent tempétueux qui arrache des arbres et fait s’envoler des toits, calme et rassurant lorsqu’il vient nous réchauffer tendrement en cette fin de journée d’automne… Nous sommes comme cette nature et ce mouvement incessant des saisons.

Et si, parfois, il est difficile d’accepter cette condition mouvementée d’être humain, il faut alors laisser le temps, offrir l’espace nécessaire pour respirer, et laisser le soleil revenir après la nuit et, ainsi, trouver la force d’avancer avec amour.

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