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  • Photo du rédacteurYann

La solitude

C'est surprenant, non ? Parler de solitude lorsque l'on parle du lien, de cette multiplicité des connexions et autres partages que nous apportent la vie et le polyamour.

Pourtant, la solitude à laquelle j'ai dû faire face, et avec laquelle j'ai pu me réconcilier, est une merveilleuse compagne. Elle est même devenue une véritable amie avec laquelle j'aime me retrouver. J'ai connu la solitude à diverses occasions ; de manière de plus en plus insistante, elle est entrée dans ma vie.

J'étais homme de liens, travaillant dans un job de manière très proche avec une dizaine d'autres personnes, une sorte de deuxième famille avec laquelle je me retrouvais également en dehors du cadre professionnel.


La solitude est apparue d'une manière plus palpable lorsque mon épouse partait pour une nuit entière et que je ne la retrouvais que le lendemain. Les premiers temps, c'était l'insomnie, ou l'obligation de m'occuper jusqu'à tard dans la nuit pour m'épuiser et m'endormir rapidement. Je regardais la télévision et espérais m'occuper l'esprit pour éviter de gamberger, de mentaliser une fois de plus. Cette procédure m'amenait une certaine satisfaction directe, mais, sur la longueur, la fatigue accumulée ne produisait que tension et surcharge d'émotions qui prenaient le contrôle. J'ai appris par la suite que ma mauvaise gestion des émotions (lorsque je m'identifie à elles et qu'elles prennent le pouvoir) était mon meilleur indicateur de fatigue.

Lorsque la maman de mon épouse a été hospitalisée loin de notre domicile, j'ai vraiment compris ce que ''seul'' voulait dire. Cette situation permettait à mon épouse d'aller régulièrement vers son autre amour, elle y restait parfois 4 jours durant et, lorsqu’elle rentrait, je partais travailler de nuit.

Cette situation m’a permis d'entrer en conscience dans ce vide supposé que semble être la solitude. J’ai alors essayé de m’occuper au mieux, en pensant avant tout aux autres : Vaisselle, ménage à fond (parfois 2x dans la même journée) ; essayant de remplir ce vide par des messages, des téléphones, des rendez-vous et des cafés avec des amis. J’ai compris peu à peu que j’essayais de remplir quelque chose de sans fond et sans limite ; j’étais mal à l’aise avec moi-même et opposé fermement à prendre du temps pour moi, ce que j’associais à de l’égoïsme. J’étais face au mur ! Je devais trouver quelque chose à faire avec ma solitude. Lentement, je me suis permis de la rencontrer et de l’accepter comme amie.

La période du confinement lors de la pandémie de COVID fut également un grand catalyseur de cette rencontre. J’ai alors cherché, testé, tâtonné et fait pleins d’essais. Je me suis méfié des écrans qui parfois, captent notre temps sans vraiment nous permettre de nous rencontrer. J’ai médité, marché, dessiné, appris et même essayé la pyrogravure ! J’ai continué de faire le ménage dans la maison mais également dans mon “chez moi” intérieur. J’ai pris plaisir à m’occuper de moi et à entrer en relation avec cette personne.


Cette merveilleuse période d’ouverture vers le centre s’est également déployée autour de moi. J’ai pu faire de merveilleuses rencontres qui m’ont bouleversé, des rencontres avec des personnes, des liens d’écriture ou même des émotions. J’ai alors commencé à écrire, en silence et en compagnie de cette solitude qui m’avait auparavant tellement effrayé.


Je me suis aussi rendu compte que beaucoup de polyamoureux s’accordent des moments seuls avec eux-mêmes. C’est le doux équilibre de la Vie. Se fondre dans les relations plurielles pour éviter la solitude est un chemin, mais ce dernier est semé d’embuches et peut conduire à de la fatigue et des tensions. L’organisation d’une telle manière de partager son temps et de vivre l’Amour pleinement demande une grande souplesse et une bonne coordination entre tous, mais le respect de certaines pauses, seul avec soi-même, est justement un lieu de ressourcement par excellence. Se retrouver en compagnie de sa solitude nous met face à ce que nous sommes vraiment : aimons-nous cette personne ? Lui accordons-nous toute l'attention nécessaire ? La seule réponse naît dans l’exercice de cette rencontre avec notre moi profond.


Il arrive de rencontrer des personnes seules dont la solitude est parfois imposée après une séparation. Ces personnes recherchent “l’autre” qui comblera le vide qu'elles ressentent, “leur moitié” qui leur permettra d’être “entier”. C’est à mon sens une route compliquée, empruntée par l'égo, qui cherche sans cesse le bonheur à l’extérieur de nous au lieu de le voir à l’intérieur, là où il a toujours été.


Je pense sincèrement que la solitude permet de meilleurs liens, des rencontres profondes et de merveilleuses retrouvailles lorsqu’ils se présentent à chacun.

Aujourd’hui, il est important de s’écouter et prendre soin de soi et de sa solitude, non pas dans une manière égoïste, pour brûler la chandelle par les deux bouts et faire n’importe quoi mais permettre à cet espace et cette amie pour trouver sa voie, accomplir ses passions et prendre rendez-vous avec soi, simplement.

Je trouve actuellement que la solitude, parfois forcée, que nous impose nos vies est une bénédiction car nous pouvons en comprendre le sens et l’utilité.

Alors n'hésitons pas à remplir ce temps et cet espace de nos moi singuliers de cette immensité qu’est la Vie.

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