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La Peur


A la naissance de l'humanité, la peur nous a permis de rester en vie dans les situations dangereuses. L'échelle de l'évolution humaine n'aurait pas été si longue si nos ancêtres homo-sapiens avaient eu la bonne idée d'aller caresser un tigre en supposant qu'il était un docile petit chat !

A ces peurs, nous avons trois réponses : L'attaque, qui se présente lorsque l'on se sent de taille à affronter le problème. La fuite, lorsque l'on baisse les yeux et que l'on donne raison à notre patron colérique par exemple, et l'inhibition, qui se manifeste comme l'attitude d'un lièvre ébloui par les phares d'une voiture. Toutes ces réactions sont juste là pour nous intimer de faire quelque chose, sous peine de souffrir.

Alors, évidemment, lorsqu'il s'agit du sentiment de sécurité que peut produire le couple, celui-ci semble s'ébranler lorsque l'amour pluriel s'immisce dans une routine bien ancrée. Aujourd'hui, le fait de se sentir capable d'aimer plusieurs personnes et de l'afficher ouvertement n'est pas encore une chose aisée, parfois confronté aux peurs des autres ou de la société.

Toute personne se retrouvant en relation avec un polyamoureux a de quoi être déstabilisée et avoir peur. Je pense particulièrement à ces couples dans lesquels un des partenaires se découvre des sentiments pour quelqu'un d'autre, alors que son ou sa partenaire « officiel(le) » n’est pas prêt(e). Ce fut ma situation, lorsque mon épouse m'avoua avoir des sentiments pour un autre homme. Étrangement, c'est moi qui ai mis, le premier, le terme d'amour sur leur relation. A l'époque, ma femme était très attirée par un autre homme, mais n'avait jamais imaginé quelque chose de sérieux avec lui, ce qui était réciproque et qui me convenait également.


Pour ma part, je ne connaissais que l'exclusivité et l'amour unique et passionné pour une seule personne : je me suis retrouvé décontenancé et dans une peur grandissante : Celle de voir mon épouse partir pour un autre. Cette peur de l'abandon est peut-être une des peurs fondamentales de notre humanité, tellement elle se retrouve dans nos schémas familiaux et dans nos relations avec autrui.

Du coup, que faire de cette peur ? inutile ici de revendiquer fortement le slogan qu'il faut lâcher prise et faire confiance. Dans mon cheminement le polyamour fût un tremplin merveilleux dans un travail d'introspection assez sérieux et quasi permanent.

Ce qui me semble le plus important, pour avoir traversé cette peur, fût déjà de la nommer, de la définir et de ne pas lutter contre elle. Parfois lorsque l’on vit une peur ancrée, on a tendance à vouloir la refouler et à la taire au plus profond de nous-mêmes. Cette idée est assez rassurante sur le moment, mais s'avère très néfaste sur le long terme. Les hormones de stress que la peur produit agissent sur nous comme des virus : Elles nous prennent de l'énergie et peu à peu nous enfoncent dans une spirale négative dans laquelle la peur se renforce petit à petit, jusqu'à provoquer des comportements parfois incompréhensibles et destructeurs d'un point de vue extérieur. Ensuite, il me paraît essentiel de la partager, et c'est en principe là que les choses se corsent ! En effet, si, dans un couple, un partenaire éprouve des sentiments pour une autre personne, il ou elle est à l'origine d'une peur qu’il faudra nommer et partager avec lui/elle. Il peut y avoir un sentiment de culpabilité chez votre partenaire, ce qui peut l'amener à s'en vouloir d'en aimer un(e) autre ou de vous faire souffrir. N'oubliez pas que cette peur est la vôtre et qu'elle vous appartient profondément.

Donc une bonne, voire une excellente communication s'avère indispensable pour avancer. D'un côté, il faut verbaliser ses peurs et, de l'autre, pouvoir les entendre. Le piège, ici, c'est que la personne qui a peur attend d'être rassurée par sa ou son partenaire… C'est sans doute là que nous rentrons dans une boucle infernale !

Je m’explique : Lorsqu’un partenaire éprouve des sentiments pour une autre personne et qu'une peur de perdre la relation primaire apparaît, nous aurons parfois une tendance assez maladive à vouloir être rassuré. Ce besoin peut être perçu comme une pression pour l'autre, qui peut adopter des comportements maladroits ou involontaires. C'est là toute la complexité de la chose. Avoir conscience de ce cercle « destructeur » permet déjà de prendre un peu de recul et nous amène à cette réflexion : Mes besoins d'être rassuré sont-ils légitimes ? Entendus ? Et au final, ne suis-je pas en train de passer à côté de signaux positifs que mon ou ma partenaire m'envoie et que je suis incapable de percevoir ?

C'est sans nul doute ce que j'ai vécu dans ma relation avec mon épouse : J'ai pendant longtemps verbalisé ma peur et mon inquiétude de passer au deuxième plan, d'être le "moins bon", le "laissé pour compte". Je lui ai demandé de plein de façons différentes de me rassurer et de me prouver son amour, de prendre soin de moi, etc. Au bout de quelques temps, mon besoin d'être rassuré était tellement grand qu'une grande crise éclata, avec de la jalousie et des mots très durs. Lors d'un débat houleux, mon épouse me fit prendre conscience qu'il y avait un décalage entre mes attentes et ses manières de les combler. J'attendais d'elle d'être plus présente intimement, d'être câline et de prendre soin de moi. Elle, de son côté, m'offrait des petits cadeaux, m'écrivait de doux messages lorsque nous n'étions pas ensemble et j'ai bien dû reconnaître qu'en lieu et place de voir ses efforts, j'attendais de sa part une attitude que je désirais moi, mais qui ne pouvait venir d'elle de manière spontanée.


C'est là une difficulté connue dans les couples, et les relations multiples n'y échappent pas. Entre attentes, besoins et partages, les dissonances sont parfois élevées. Alors imaginez-vous bien que dans une relation plurielle, ce sentiment est très aiguisé et très présent ! Pour ma part, le temps a joué en ma faveur, car mon épouse et moi-même avons pris le temps de vivre et de comprendre ces relations multiples. Heureusement pour moi, j'ai pu également connaître l'effet inverse : Celui d'aimer quelqu'un d'autre et de sentir la peur de mon épouse de rester "sur le bas-côté". J’ai alors émis des signaux pour la rassurer, messages qu'elle n'entendait pas au départ et, surtout, qu'elle n'interprétait pas comme des éléments censés la rassurer. J'ai alors de mon côté appris d'elle, je me suis penché sur les attentes qu'elle avait et sur comment je pouvais, avec son langage, la rassurer. Participer plus pleinement aux activités quotidiennes, lui adresser de petits messages lorsque l'on était séparés et des fleurs de temps en temps : voilà ce qu'elle souhaitait, alors que j'imaginais que des débats en profondeur durant des heures en "mettant cartes sur table" étaient ce dont elle avait besoin. J'ai, là, une petite pensée émue en repensant à ces grandes soirées remplies d'échanges où je me tenais en bel orateur et développais des dizaines de sujets de manière spontanée, mais qui devaient être, pour elle, une sacrée torture ! J'en ris un peu aujourd'hui car je me rends compte du "supplice" pour celle qui ne souhaitait que mes bras pour être rassurée.

Chacun a sa propre réalité et vit sa vie à travers son propre regard et ses propres émotions ; il est illusoire de croire que les choses sont telles que nous les voyons. Notre réalité est subjective et nous appartient. Une fois que l'on a compris cela, il est plus facile d'entendre le point de vue de l'autre, de connaître sa manière de voir le monde et de la respecter.

Faire confiance… si seulement c'était si facile ! Dans cette société de consommation où la peur est constante, afin de mieux nous faire acheter telle ou telle chose, on nous fait croire qu’un achat nous apportera ce qu'il nous manque et nous permettra d'être plus épanoui et plus heureux. Il est difficile, et parfois insurmontable, de travailler sur cette peur de l'abandon, car elle justement immatérielle et fait appel à notre inconscient profond. La taire et l'ignorer est à mon sens inefficace et improductif.

Parfois, le polyamour peut être une alternative plaisante à cette peur de l'abandon, les êtres aimés étant plus nombreux, on a de belles chances de ne jamais être seul ou parfois, inversement, nous multiplions les risques de ruptures amoureuses lorsque l'on a plusieurs partenaires.


Si j'en reviens à mon expérience, qui semble être concomitante avec un développement personnel profond, le fait d’avoir ouvert mon cœur, ainsi que de faire confiance à ce grand tout qui nous dépasse, m’a permis d'ouvrir les portes de l'existence d’une manière active et participative. Je suis devenu acteur de ce chemin qu'est la Vie. Chaque fois que j'ai lâché quelque chose, une attente, un besoin, une envie, il s'est avéré que j'ai reçu en retour bien plus que je ne pouvais l'imaginer. C'est en ouvrant les fenêtres que j’ai pu faire entrer la lumière et percevoir la beauté du paysage. Les relations plurielles ne font pas exception. C'est une évidence que ce chemin ne peut se faire de manière unilatérale sans conséquence. Avec partage, écoute active et empathie, il est possible de construire quelque chose de plus grand et de plus ouvert. De nouveau : Ce n'est pas une recette miracle qui conviendra à tous ! Je suis intimement convaincu que l'ouverture d'esprit face au polyamour apporte une grande réflexion personnelle sur notre existence et notre rapport à l'Amour mais cette démarche peut se faire également dans une relation exclusive. A défaut d'être la solution miracle, la polyamorie permet de se poser de grandes questions existentielles qui permettent un chemin de développement personnel profond.

Si l'Amour est aussi grand, indéfinissable, beau et profondément ancré dans la nature humaine, il est évident que de remettre en question nos schémas de départ permet de se positionner sur ce que l'on veut vraiment et sur notre vision de l'Amour et, plus largement, de la Vie.

Pour l'avoir vécu, je pense que ce débat avec soi-même est un cheminement extraordinaire pour se r(e)trouver. Évidemment c'est très complexe, difficile et insécure. La philosophie contemporaine ainsi que les techniques de développement personnel peuvent être un appui.

Je pense également au Bouddhisme zen qui est sans doute une bonne manière d'aborder notre relation aux autres. C'est une source grandement inspirante pour toutes les relations car ce mouvement de pensée qui recherche le juste milieu, permet de s'écouter pleinement d'ouvrir son cœur à un amour inconditionnel et non-limitant.

Je crois qu'au plus profond de nous que l'Amour reste l'essence même de toute existence humaine, c'est cette énergie qui nous pousse à vivre et à grandir chaque jour. L'Amour est notre air, comme notre aire. Entourant nos Vies, comme étant notre habitation intérieure, l'Amour est un refuge, une énergie qui nous habite. S'aimer pleinement dans notre rôle d'être humain est le grand défi de notre Vie. Avant de vouloir, ou pouvoir aimer plusieurs personnes en même temps, je pense qu'il est essentiel de s'aimer profondément soi-même, étape essentielle pour s’éloigner de la peur.

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