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  • Photo du rédacteurYann

L’exclusivité

Je repense parfois à cette norme de l’exclusivité.

Cela me ramène à mon enfance, au seuil de l’adolescence, période pas très calme me concernant : J’étais assez immature par rapport à ceux de mon âge et, bien des fois, j’ai subi des formes de harcèlement. Ayant un frère jumeau, j’avais mon meilleur ami et un excellent confident tout le temps avec moi, ce qui ne m’incitait guère à rechercher d’autres contacts amicaux, les relations amoureuses étant, quant à elles, quasi inexistantes.


Je me rappelle cette fille rencontrée lors de vacances dans le sud-ouest de la France, au bord de l’océan. Je devais avoir 11 ou 12 ans. Elle aussi avait un lien gémellaire (ce qui a facilité notre rencontre). Cette fille fut la première personne dont je suis tombé réellement amoureux. Elle nourrissait pour moi une belle et simple amitié et me voyait tel que j’étais vraiment, sans avoir d’a priori et sans avoir connaissance des on-dit à mon sujet, de cette réputation que l’on a tous dans le cercle de nos camarades de classe ou de loisirs. Ce sentiment amoureux ne m’a pas quitté de retour à la maison après les vacances. Mon existence a alors plongé dans une sorte de mélancolie : mes émotions devenaient fades, je me sentais très seul en attendant avec impatience notre prochaine rencontre.


Heureusement, nos parents s’étaient, eux aussi, liés d’amitié et j’avais la chance de pouvoir ainsi la revoir, souvent vers Pâques, avant l’été suivant. Durant ces longs moments de séparation, j’ai espéré pouvoir partager de l’Amour avec elle, je souhaitais en secret que l’on puisse vivre quelque chose de « sérieux » ou de plus engagé. Un seul baiser de sa part aurait sans doute fait de moi un accro, je me serais probablement perdu dans ce lien qui, bien heureusement, n’a jamais eu lieu !

Mes souvenirs se portent sur cette période compliquée où je nourrissais de l’Amour pour une seule et même personne. Cette exclusivité m’a poussé à me renfermer sur moi-même, à mettre des barrières autour de moi. Je me sentais devoir être fidèle à ce lien et à cet amour que je lui vouais. Ce n’est qu’aujourd’hui, dans un mode relationnel différent, que je comprends mieux ces mécanismes de lien et cette exclusivité ainsi vécue. Encore jeune et n’ayant que peu de références, je vivais dans la norme des devoirs et de nombreux codes sociaux.


Heureux sens du hasard (pour ceux qui croient au hasard), je suis retourné dans le sud-ouest, au même camping, des années plus tard avec mon épouse et nos enfants. C’est d’ailleurs à cet endroit que nous leur avons expliqué notre mode relationnel différent. Lors de ces vacances, nous avons croisé une jeune femme qui avait un sourire magnifique, un sourire à la Mona Lisa de De Vinci, qui reflétait une joie de vivre sincère et profonde. Comble du hasard (toujours pour ceux qui y croient), elle se retrouvait toujours proche de nos serviettes à la plage, aux mêmes heures. J’ai alors commencé à la saluer lors de nos rencontres successives.


Un jour, je revenais seul du camping en direction de la plage lorsque je l’ai croisée : je suis tombé nez à nez avec elle qui repartait de la plage. Elle m’adressa alors un « bonjour » avec un sourire merveilleux. Ce sourire ne semblait ni plus ni moins qu’un sourire d’Amour. Pas celui d’une amoureuse ou qui aurait pu m'amener à croire qu’elle m’aimait ou pouvait nourrir quelques sentiments à mon égard. Juste un sourire d’amour. Comme celui qui lie chaque être humain a un autre d’une manière éphémère. Le contact si bref, d’une telle intensité, fut un rappel fulgurant à ces années d'errance mélancolique sans mon amie d’enfance à mes côtés. Combien ai-je manqué de ces merveilleux regards ? À côté de combien de sourires suis-je passé, ignorant ces signes, parce que mon regard était tourné exclusivement vers elle ? On peut se remplir de ces instants quotidiennement, si l’on a le cœur ouvert et un espace suffisant pour accueillir cette acuité. Passer un instant suspendu avec une inconnue, avec votre boulangère ou la jeune femme dans le train d’hier… Au nom d’une exclusivité mal comprise, nous y voyons directement le mal : l’adultère, l’envie d’autre chose, la légèreté, le mensonge. Alors que l’on est tous d’accord pour dire que nous ne cherchons pas à tromper notre partenaire à chaque fois que l’on achète du pain !


Ce sourire, cette interaction de quelques secondes, fut un cadeau de la vie.


À travers le polyamour, j’ai compris que l’amour, si souvent normé et conditionné, pouvait se trouver partout. Cette énergie vibrante peut nous emporter au-dessus de tout et être présente aussi souvent que nous le voudrons, tant que notre cœur sera ouvert. Je ne dis pas que dans une relation exclusive, nous passerons à côté de ces tendres moments, mais nous pouvons leur offrir une connotation négative et l’on passera à côté de cette douce ivresse qui peut chaque jour nous emporter.


A l'intérieur de chaque interaction se situent des moments de félicité, de tendresse et d’amour. Arrêtons d’enfermer notre regard dans la lunette d'un télescope, nous passerions à côté de milliards de galaxies et -ô combien- d’étoiles filantes !


Je me sens aujourd’hui fort de cette sensibilité à capter ces moments et je le dois en grande partie à cette définition complète du mot « amour », de sa valeur et de sa profondeur. Nul besoin de grands guides sur la voie du développement personnel pour nous ouvrir à l’autre, aux liens et à cette énergie qui peut s’éveiller en nous après de longues années d’hibernation. Accueillons-la alors avec la joie du cœur et la présence consciente de ces moments suspendus.


Je vous envoie plein d'amour !

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