top of page
  • Photo du rédacteurYann

Enfin !!

Annie était là, seule dans cette chambre. Elle contemplait le plafond à la recherche d’imperfections ou de ces nuances qui se perdent dans l’obscurité naissante. Elle se noyait dans cette étendue blanche qui ne s’arrêtait qu’aux arêtes des murs. Elle descendait en elle, respirant et recherchant la paix dans le mouvement de sa poitrine. C’était le moment, elle s’en allait au plus profond.


Dans cette chambre, dans ce vide, elle se confiait à elle-même, laissant ses pensées aller de çà et là… elle lâchait prise dans cette situation qui n’avait rien de commun.

Son « autre » comme on le dit souvent, n’était pas là ce soir, il était dans les bras d’une autre, absent de ce lit et pourtant si présent dans le cœur d’Annie.


Depuis longtemps, elle s’était interrogée sur l’amour et l’exclusivité. Depuis qu’elle avait regardé cette émission sur des polyamoureux… ce reportage avait mis en perspective des questions et des doutes sur ce qu’elle vivait depuis si longtemps.

Elle qui embrassait deux amoureux dans la cour de récréation, elle qui ne comprenait pas ce conte de fées où « ils vécurent heureux et eurent de nombreux enfants », elle qui s’imaginait à l’époque une vie en communauté, entourée de gens qu’elle aimait de manière si différente et si commune, au fond.


Alors que toutes ses interrogations l’amenaient dans les livres et la compréhension de l’Amour, Annie avait fait le pas de lui en parler… Ce tendre et cher complice de toujours : Max.

Il était dans sa vie depuis le lycée, elle était tombée sous son charme d’entrée. Un peu philosophe et poète, Max était de ces personnes sensibles qui pleurent devant un Disney, qui ont une profondeur d’âme et qui aiment les grandes discussions autour d’un feu dans la forêt. Ils s’étaient « mis ensemble » comme on le fait à l’âge adulte naissant, par mimétisme sans doute, par complicité et par amour aussi… Mais l’Amour d’hier… était-il le même aujourd’hui ?


Annie avait lancé la discussion un soir d’hiver en lui parlant de cette émission, elle avait «lancé le débat». Cet échange les avait menés jusqu’à tard dans la nuit et fut teinté de bienveillance, d’écoute, de respect et d’émotion.

Laissant agir la vie en confiance, Annie n’était pas revenue sur le sujet, elle n’en ressentait pas le besoin. Elle avait cette capacité peu commune de faire confiance et de prendre les choses avec une simplicité joyeuse. C’est Max, lors d’une longue balade en forêt qui lui en avait reparlé…


Depuis quelques jours, elle le sentait tendu et nerveux. Lui, qui était si calme d’habitude, portait en lui un malaise certain, bien qu’elle l’ait perçu, elle savait que Max allait lui en parler, il lui suffisait de le laisser venir à elle, avec patience.

Il lui avait ouvert son cœur avec cette appréhension qu’elle ne connaissait pas encore chez lui : butant sur ses mots, hésitant par moment, il avait le souffle court et sa nervosité était palpable.



Alors il s’était ouvert, à son rythme. Max lui avait parlé de cette femme qu’il avait rencontrée dans ce séminaire à la capitale, de cette Émilie qu’elle connaissait de nom et qui travaillait parfois sur des projets communs avec lui.

Max amenait les choses à Annie avec douceur en lui expliquant ce qu’il ressentait. Il se livrait à cœur ouvert en parlant de ses peurs et ses craintes ; il avait la bonté d’y aller avec sa tendresse habituelle et sa timide maladresse.


Max et Annie en parlèrent longtemps et, ce soir-là, dans cette nuit avancée désormais, le concret était présent. Depuis de longs dialogues et des échanges théoriques en s’imaginant certaines choses, à la réalité de ce soir et de ce plafond blanc… Annie se laissait envahir par ce qu’il se passait dans son corps… En revenir au corps, lui avait toujours dit sa coach-thérapeute qu’elle voyait depuis 6 ans maintenant.


Le mental reprenant le dessus, Annie se rappela sa meilleure amie qui traitait Max «d’insatisfait», de «gros lourd qui cherche à aller à gauche et à droite», lorsqu’elle s’était confiée à elle… Annie avait eu la mauvaise idée de croire qu’elle pouvait se passer du regard encore étriqué de la société, jugeant sans connaître et ne voyant le couple que sous une seule et unique forme… Dans son esprit imprégné de vieux schémas, Annie luttait d’une certaine manière, essayant de revenir dans cette confiance du cœur et de ce lien qu’elle vivait avec Max, et c’était cela le plus important, au fond.


Elle l’imagina un instant dans les bras d’Émilie, de leurs caresses partagées, à cette frénésie qui prend les corps parfois… Elle sécha une larme et retourna dans sa respiration et dans son cœur.

Max était un être lumineux et sa volonté de préserver leur couple et de prendre soin d’elle était constante. Retournant dans son cœur, Annie aperçu Max tel qu’il était : non pas un macho essayant de «tirer son coup» mais une personne ouverte à l’autre et capable d’aimer dans diverses dimensions et diverses intensités ; cet homme si merveilleux qui l’aimait sincèrement avec profondeur et respect.


Annie se lova dans son coussin, prit encore une respiration et se posa intégralement en elle : le moment était là, d’une intensité incroyable !

Remerciant encore la Vie de lui offrir une raison de plus d’aimer et de se joindre à la grande danse des relations humaines, Annie s’endormit dans une paisible joie : celle de permettre à Max de grandir et celle de cheminer à ses côtés pour en faire de même, d’utiliser au mieux les expériences de cette vie de polyamoureux pour se développer mutuellement et s’unir à l’autre, aux autres.


Amitiés, amours, partenaires… qu’importe finalement le lien qu’Annie et Max allaient explorer, elle ressentait dans ce sommeil libérateur que cette voie d’expansion était celle qui leur convenait. Amoureuse plus encore, Annie se mit à rêver. Ses volutes de pensées l’emmenèrent dans la sérénité la plus douce : celle de vivre le lien d’une manière intense et non-conventionnelle, à l’image de leur couple d’artistes.

24 vues0 commentaire

Commentaires


bottom of page